mardi 24 juin 2014

Les Taupes

Je plonge dans le trou béant ce matin
rejoindre mécaniquement ce monde souterrain
La nouvelle génération de taupe, nous sommes
marchant dans ces galeries creusées par les hommes

Sur le quai tous regardent le tunnel sombre
d’où va surgir le bruyant serpent de métal
qui ouvrira ses gueules vomissant le bétail
emmenant sa nouvelle  cargaison vers l'ombre

Une femme pleure mais personne ne la regarde
Elle est triste, elle a eu une mauvaise nouvelle
Son mari l'a quitté pour une plus belle
Une maladie lui prend le fils qu'elle garde

Personne dans ce lieu ne saura la raison
Les gens baissent la tête de peur qu'on les toise
Ils ne veulent pas se dévoiler montrer leur prison
Ne pas paraître comme ceux que leur regard croise

Un jeune monte, la musique en serre-tête
les yeux roulant sur le jeu de sa console
Il est le pendant des personnages, de ses idoles
Propulsé dans un monde qui le ballotte, l'entête

Continuant son trajet malgré les bousculades
Il ne retiendra que le bruit, les roucoulades
de  ses écouteurs et les images de l'ordinateur
S’en allant laissant les gens à leur torpeur.

Cette jeune femme qui tranquillement se maquille
Il y a dix ans elle n'aurait pas osé cette fille
Aujourd’hui pour elle le métro est l'espace temps
Plus chez elle, pas au travail elle prend l'instant

Avec dextérité malgré les secousses elle s'embellit
Elle doit faire bonne figure, ôter les rides de la nuit
de mascara et de fond de teint elle gomme, aplanit
Deux stations encore et le miracle s'accomplit.

Cette petite vieille qu'en finit pas de parler
Elle houspille, bouscule les gens invites
Critiquant la publicité parlant de sexualité
Elle prend à partie, nous force à l'écouter

Ceux qui ne la connaissent pas sont étonnés
Mais ce qu'elle dit n'est pas dénué de certitude
Ce sont des vérités basiques des choses sensées
Elle prend le choix de les crier pour éviter la solitude

Ce mendiant qui chaque jour sort sa rengaine
Un discours auquel lui ne croit même pas
Réclamant quel qu’argent pour un repas
Grâce à nous il sentira moins la haine

Chaque jour le propos s'enrichit d'un couplet
La maladie, le chômage,  le malheur au complet
Rendant les gens complices de ses ennuis
Il part nous laissant finir notre nuit


On n'est jamais si seul que dans une foule
Si différents et pourtant si proches
On voit les gens on les croit moches
Pourtant en dedans il y a un cœur qui roule.

Le métro poursuit sa couse infernale
Un virage les corps s'entrechoquent, se touchent
Une décharge électrique des sourires débouchent
Un souvenir doux restera de cette heure matinale

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